Emile Adrien Boymond

Emile Adrien Boymond

« La vie n’est rien, c’est le Pays seul qui compte ! »

(Emile Boymond - Avril 1940)

Lors de la commémoration du 8 mai 1945, les Pernoleis et les Pernoleises sont invités à venir se recueillir près d'une stèle édifiée à l'endroit où, en 1940, pendant la seconde guerre mondiale, un avion s'est abattu. Ce bois porte d'ailleurs, depuis, le nom de "Bois de l'Aviateur".

Mais qui était cet aviateur ?

Voici le texte de présentation d’Emile BOYMOND lu le 14 mai 2011 par le Président de l’ANSORAA, Monsieur Marc HUEBER, récit réhaussé par des témoignages détaillés et émouvants.
cérémonie 14 mai 2011
« Mesdames, Messieurs,

Nous sommes réunis aujourd'hui pour commémorer le courage d’un aviateur abattu par l'ennemi.

De nombreux pilotes sont morts lors de la deuxième guerre mondiale victimes de leur devoir.
De tout temps, le citoyen français a voulu valoriser son compagnon mort pour avoir servi son pays.
Chacun de nous doit sa liberté à ceux qui, par leurs actions et leur courage, ont payé de leur vie leur propre liberté.
boymond devant son avionLe pilote Emile BOYMOND est de ceux-là.
Les combats engagés contre les allemands durant la dernière guerre, l'abnégation face au devoir, le goût du risque, et surtout un ennemi redoutable, étaient dans la lignée d'une stratégie destinée à libérer notre pays du joug allemand.

Emile BOYMOND est né le 12 juillet 1913 à Annemasse, en Haute-Savoie. Orphelin de mère, Emile fut élevé par son père, instituteur. Enfant, il était déjà téméraire.

« Mon jeune frère, dit Maurice BOYMOND, a  toujours été féru d'aviation ; il avait à peine dix huit ans  que, déjà, il portait l'uniforme bleu de l'aviation militaire où il ne devait pas tarder à se faire remarquer pour sa maîtrise et son audace ».

  • Le 22 décembre 1931, il est engagé volontaire dans l'intendance militaire à Bourg, dans l'Ain, au titre du deuxième groupe d'ouvriers aéronautiques.
  • Il obtient le brevet militaire de pilote le 29 juin 1932.
  • Emile BOYMOND est nommé caporal-chef le 12 juillet 1932 et est libéré par fin de contrat le 22 décembre 1932.
  • Il rengage le 4 avril 1934 sur la base aérienne 131 d'Annecy et est nommé au grade de sergent le 5 janvier 1935.
  • Il est détaché au 4ème bataillon à Cazaux le 1er juin 1935, et, le 4 octobre 1935, il est affecté dans le personnel navigant.
  • Cette même année, il participe à un meeting à Viry dans la Marne, et se fait remarquer par son audace.
  • Il est promu sergent-chef à compter du 1er avril 1938, et est admis dans le corps des sous-officiers de carrière le 4 avril 1938.
  • Le 6 mars 1939, il embarque à Hyère où il est affecté successivement Tunis, Sétif, Blida.
  • En août 1939, il est affecté à Thuisy dans la Marne.
  • En octobre 1939, il abat un Dornier 217, un avion de reconnaissance allemand, et, en décembre, un Heinkel 111.
  • Le 4 décembre 1939, il oblige un Messerschmitt à s'écraser au sol.
  • 1er mai 1940, le sergent-chef Boymond rejoint la base de Chissey dans le Jura, petit village où le terrain était aménagé pour recevoir les Morane.
  • Le 10 mai, avec le sergent Gauthier, Emile Boymond descend un Heinkel 111.
  • Le 12 mai, même victoire avec le sergent Godard.
  • Le 14 mai 1940, le pilote Boymond est aux commandes d'un chasseur Morane 406 du groupe de chasse 3/6. Lors d'un engagement avec des bombardiers allemands, il est abattu par un chasseur ennemi, et s'écrase dans les bois de Prenois.

«Nous partons fréquemment en chasse mais tu peux être sans inquiétude à mon sujet, je me tirerai d'affaire». Le sergentchef Boymond ne pensait certes pas, en écrivant cette phrase pleine d'optimisme à son vieux père, le 9 mai 1940, que le petit village savoyard de Thairy recevrait, cinq jours plus tard, un message qui le plongerait dans une douloureuse stupéfaction ! Un message d'un émouvant laconisme : «Votre fils, câblait-on à Auguste Boymond, a trouvé une mort glorieuse près de Dijon en livrant seul un combat héroïque ».avion morane saulnier boymond

Puis les détails arrivèrent. On appris ainsi que des avions ennemis ayant été annoncés, le jeune pilote, n'écoutant que son courage et son ardent désir de se mesurer à nouveau avec l'adversaire, s'élança, en compagnie de son chef, à la rencontre des bombardiers. «Nous partons, venez nous rejoindre pour nous dégager en cas de besoin». Aussitôt cet appel lancé par la radio, les deux Morane s'envolent. Ils sont confiants, mais bientôt Emile Boymond voit son chef en difficulté avec son moteur : il perd de l'altitude et doit se poser dans une prairie.

Que va faire Émile Boymond ? Va-t-il renoncer, maintenant seul ? Non, quelques secondes plus tard, il est face à l'adversaire : le Morane exécute un véritable ballet aérien autour des neuf bombardiers fortement armés et le pilote Boymond pense tenir ainsi plusieurs minutes en attendant ses camarades de la base. Son audacieuse attaque a freiné la marche de ses adversaires, mais ceux-ci réagissent, les avions se déploient en éventail de toutes parts et les balles sifflent. Ce combat inégal ne pouvait durer longtemps. L’avion du pilote français, touché, descend en flammes et va s'écraser dans une forêt voisine. Ce jour-là, il écrivit en lettres de sang la fin de son beau et noble roman.

Deux jours plus tard, on retrouvera le corps du jeune savoyard, que seule une partie de son livret militaire permit d'identifier d'une façon certaine.

Dans le bois de Pranges, l'épave d'un avion de chasse et la tombe de son pilote, remettent en mémoire les combats désespérés de mai 1940.

Deux témoins du combat se rendent sur place :

  • Jean SCHWARTZ pilote de réserve témoigne en 1964 :

«Je travaillais comme carrossier dans l'atelier de mon oncle à Dijon. Il était environ 16 heures, ce mardi 14 mai 1940, lorsqu'une imposante formation de bombardiers allemands apparut dans le ciel. Notre attention fut particulièrement attirée par la présence d'un chasseur volant au centre de la formation, vraisemblablement à une centaine de mètres plus bas, et cet avion se démarquait de la formation allemande. Soudain, les batteries de la DCA, postées à Daix, se mirent en action contre la formation ennemie et, quelques minutes plus tard,
abattent un appareil. Celui-ci semblait touché à l'arrière ; une épaisse fumée prolongeait le sillage de l’avion qui s'abattit presque à la verticale. Au milieu des tirs de la DCA, nous n’avions pu identifier avec précision ce chasseur ; nous pensions qu'il s'agissait d'un avion allemand, mais, c’est après avoir rejoint le point de chute dans le bois de Pranges, que nous avons pu identifier l'avion comme étant un Morane 406 de l'armée française».

  • Pierre GUILLAUMIN, mécanicien, témoigne en 1964 :

«J’ai connu Émile Boymond au groupe de chasse 3/6 ; j'étais sergent mécanicien d'avion dans cette unité. Vous vous rappelez de la situation après les attaques allemandes sur la Somme. Nous passions de la rage au désespoir. Il fallait donc faire payer les frais de la drôle de guerre à ceux qui prétendaient la gagner. Le capitaine Chelnat, as de la guerre 14/18, commandait l'escadron de chasse 3/6. Au début de l'après-midi, Boymond décolle avec sa patrouille : on a signalé des Heinkel. En fait, c'est une formation complète qui approche de Dijon lorsque les 406 se présentent au combat.
Au P.C. nous suivons la marche des opérations grâce à la liaison radio entretenue par Boymond : «j'y vais» hurle-t-il soudain. Quelques secondes plus tard, il dit: «je viens d'en descendre un, mais ils sont nombreux envoyez du renfort». Réponse du capitaine : «il n y a plus de taxi; rentrez», «d'accord dit le pilote, je fais encore une passe et je rentre». Puis, le pilote, d'une voie rageuse, dit encore : « je n ai plus rien dans les pétoires; c'est foutu mais je m’en paye encore un». L'angoisse nous paralyse, ce que vient d'annoncer Émile Boymond, nous savons tous ce que cela signifie : l'opération consiste à rester en dehors de la ligne de feu des mitrailleuses de queue du bombardier et de plonger sur l'empennage arrière pour arracher l'hélice. Ceci équivalait à une attaque de kamikaze japonais.

Nous ne saurons d'ailleurs jamais ce qui s'est passé exactement.

Nous avons supposé que Boymond avait été touché, soit par la DCA, soit par les mitrailleuses du Heinkel 111 qu’il voulait entraîner avec lui dans sa plongée désespérée.
Toutefois, dès le lendemain, la chute de l'avion et de son pilote dans le bois de Prenois nous était signalée officiellement.
Ainsi la lumière est faite sur le combat aérien dont la forêt côte d'orienne garde la trace bouleversante.

Une stèle a été érigée par Maurice BOYMOND, frère du pilote, sur le lieu du drame, dans le bois de Pranges, dit « le bois de l'aviateur ».

Le pilote Émile BOYMOND totalisait cinq victoires aériennes :

  • a reçu trois citations à l'ordre de l'aviation française,
  • a été décoré de la Croix de Guerre 39145 avec palmes,
  • a reçu la Médaille Militaire à titre posthume.

A un ami, qui lui recommandait la prudence, Émile BOYMOND répondit :

«La vie n'est rien ; c'est le pays, seul, qui compte ».

Nous sommes ici, en ce samedi 14 mai 2011, jour anniversaire, pour rendre un hommage solennel au pilote Emile BOYMOND. Cet hommage est celui de l'Armée de l'Air, mais aussi celui de la France toute entière. »
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Voici encore le témoignage d’un habitant de Prenois sur le jour du drame :

Témoignage en 1964 de M. BEAULIER, menuisier à Prenois :

« J’étais sur la porte de mon atelier, dans l’après midi, et suivais les évolutions de deux chasseurs allemands je crois, au prises avec un avion français. Et puis tout à coup l’appareil à cocardes bascula et tomba presque à la verticale dans la direction de Val Suzon. Quelques secondes plus tard, une gerbe de flammes et de fumée montait au dessus des arbres.

Arrivé le premier à l’orée du bois, j’ai découvert le parachute intact environ cinq cent mètres avant d’arriver au point de chute de l’avion. Je suppose que le pilote est resté coincé dans la carlingue au moment où il sautait.

Il fallut attendre plus de deux heures avant de pouvoir approcher de l’épave. Le chasseur avait explosé. Détail particulièrement macabre, le corps du pilote déchiqueté avait été projeté çà et là ; des morceaux de chair calcinée étaient plaqués contre les troncs et sur les branches.

Quelques mois plus tard un frère du pilote est venu à Prenois pour faire poser la stèle qui est toujours en place. Le frère d’Emile BOYMOND est revenu après la libération et a chargé M. RENARD, maire de notre village, de faire assurer le nettoyage des lieux moyennant la rétribution habituelle. Depuis plus de deux ans nous n’avons plus de nouvelles, ce qui n’empêche pas notre ami GARABIT de s’acquitter fidèlement de la mission ».

Les cantonniers du village se succèdent et gardent pour mission l’entretien du seul « monument aux morts » existant au village, celui d’Emile Boymond.

Stéle Boymond bois de l'aviateur